Philosophie et rapport de domination.

 Dans ma quête du BDSM à travers les âges, une personne plus expérimenté que moi m'a recommandé de lire la dialectique du maitre et de l'esclave de Hegel. J'ai alors commencé à lire et je n'ai pas vu de lien d'un premier abord avec le BDSM puis en poursuivant ma quête, je fus mis devant l'évidence le BDSM ne fait que reprendre ce qui existe dans le monde vanille, il allait donc me falloir lire plus sur les philosophes et ce qu'ils ont dit des rapports de domination.



Le discours de la servitude volontaire


Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un est un ouvrage rédigé par Étienne de La Boétie. Publié en latin, par fragments en 1574, puis intégralement en français en 1576, il a été écrit par La Boétie probablement à l'âge de 16 ou 18 ans.

Ce texte consiste en un court réquisitoire contre la tyrannie qui étonne par son érudition et par sa profondeur, alors qu'il a été rédigé par un jeune homme. Ce texte pose la question de la légitimité de toute autorité sur une population et essaie d'analyser les raisons de la soumission de celle-ci (rapport « domination-servitude »).

L’originalité de la thèse de La Boétie est de soutenir que la servitude est volontaire et non imposée par la force. Si ce n'était pas le cas, comment concevoir qu’un petit nombre contraigne l’ensemble des autres citoyens à obéir aussi servilement ? En fait, tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres. Pour La Boétie, « Soyez donc résolus à ne servir plus. Et vous voilà libres. ».

"il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude."




La dialectique du maitre et de l'esclave

La Phénoménologie de l’Esprit (Phänomenologie des Geistes) est un œuvre écrite par l'idéaliste allemand Hegel parue en 1806-1807, s'est de cet ouvrage qu'est tiré ce qu'on appelle à posteriori la dialectique du maitre et de l'esclave.

Pour obtenir la reconnaissance de l’autre (pour s’entendre dire : “Tu es”), chacun va risquer sa vie. Mais la lutte entre eux ne conduit pas à la mort de l’un des adversaires, parce que le désir de reconnaissance exige un “reconnaissant” et un “reconnu” plutôt qu’un mort. Tuer l’adversaire détruit ce témoin et donc rend impossible la reconnaissance. Pour cette raison, la conscience qui vainc ne tue pas le vaincu, mais le maintient en vie, dans le but de faire travailler la conscience vaincue. Le vaincu, lui, l’a été pour avoir préféré la servitude à la mort. La situation devient alors celle de la relation entre le vainqueur (le maître) et le vaincu (l’esclave).

Premier point de la relation maître/esclave

Le maître de l’esclave a besoin de reconnaissance. L’esclave est l’essentiel pour le maître. C’est ce que Hegel appelle la certitude objective. Mais cette reconnaissance n’est pas réciproque, comme le maître est reconnu par quelqu’un qu’il ne reconnaît pas, et la reconnaissance unilatérale n’est pas suffisante. Le maître veut agir comme un être conscient de soi par la réalisation de son désir vers un autre soi. Cette question est problématique, car à la fin de la lutte, l’esclave ne sera pas reconnu par le maître comme un autre être conscient de soi, et sera réduit à une chose (phase d’objectivation). Le désir du maître est orienté vers une volonté objectivée ou un objet, et donc, le maître n’est pas reconnu par un autre être conscient de soi. Sa certitude objective n’est pas confirmée par un autre être conscient de soi et ne saura jamais obtenir satisfaction en étant reconnu par un esclave ou une chose.

Deuxième point de la relation maître/esclave

Il n’y a pas de maître sans esclave. Un être conscient de soi devient un maître par la possession des esclaves. En conséquence, le maître dépend de l’esclave pour exister en tant que maître. Il faut ainsi distinguer la dépendance formelle de la dépendance matérielle.

Troisième point de la relation maître/esclave

Le maître dépend matériellement de l’esclave. Sa supériorité sur la nature du travail est réalisé dans l’esclave. Le travail est placé entre le maître et la nature et transforme la nature en objets désirés par le maître. Le paradis dans lequel vit le maître est lié aux produits du travail de l’esclave. Tout ce que le maître a est produit par l’esclave. Le maître n’est donc pas un être indépendant, mais plutôt dépendant de l’esclavage.

Quatrième point de la relation maître/esclave

Le maître est inactif, sa relation à l’Etre est médiée par le travail de l’esclave. Le maître reste belliqueux, et l’existence de l’esclave est réduite à travailler pour le maître. L’esclave est actif et a une relation directe à l’Etre. La relation de l’esclave à l’Être est dialectique, car l’être est nié et transformé par le travail de l’esclave en marchandises. L’esclave est la principale force moteur pour la négation de l’Etre.

Cinquième point de la relation maître/esclave

Les êtres humains deviennent conscients d’eux-mêmes à travers le désir et les esclaves le deviennent à cause de la peur de la mort. L’appréhension du «néant» ou «mort» est une condition nécessaire pour la révélation de sa propre existence. Dans ce cas, c’est l’esclave et non pas le maître qui saisit le sens de l’authenticité et devient conscient de sa propre individualité. Hegel pense que l’esclave devient l’agent de la révolution historique. L’esclave, par conséquent, aboutit à une conception différente de l’individualité et de l’authenticité.






la liberté de la peur 


La Peur de la liberté (titre original anglais : Escape from Freedom ou The Fear of Freedom), publié en 1941 par Erich Fromm, est un essai psychanalytique et sociologique qui explore le paradoxe de la liberté dans la société moderne. Fromm, psychanalyste d'origine allemande exilé aux États-Unis, analyse pourquoi l'individu moderne, libéré des contraintes traditionnelles, éprouve souvent une angoisse profonde face à cette liberté et cherche à y échapper, notamment par le recours à des régimes totalitaires comme le nazisme.

Fromm distingue deux formes de liberté :

  • La liberté négative (« liberté de ») : l'émancipation des liens traditionnels (féodaux, religieux, familiaux) qui donnaient sécurité mais limitaient l'individu.

  • La liberté positive (« liberté à ») : la capacité de réaliser pleinement son potentiel individuel, de manière créative et spontanée.


L'histoire moderne (de la Renaissance à l'époque contemporaine) a accru la liberté négative, favorisant l'individuation (l'émergence de l'individu autonome). Cependant, cette libération brise les « liens primaires » qui unissaient l'homme à la nature et à la communauté, provoquant un sentiment d'isolement, d'insécurité et d'angoisse. L'individu se sent seul et impuissant face au monde, ce qui génère une « peur de la liberté ».

Incapable de supporter cette liberté « positive », l'individu adopte des mécanismes d'évasion :

  • L'autoritarisme (ou sado-masochisme) : Soumission à une autorité forte (leader, dictateur) pour retrouver la sécurité, ou domination des plus faibles. Fromm voit ici les racines psychologiques du nazisme : les masses allemandes, isolées par la modernité, se soumettent à Hitler pour échapper à leur impuissance.

  • La destructivité : Agression envers soi ou les autres pour éliminer la menace perçue.

  • Le conformisme automate : Abandon de son individualité pour se fondre dans la masse, adopter les opinions et comportements dominants (typique des sociétés démocratiques modernes, où l'individu pense être libre mais suit les normes consuméristes et sociales sans réflexion).


Je vais terminer en faisant les ponts nécessaires avec le BDSM, La Boétie parle de servitude gagnée dans son cas par la passivité, la passivité est un choix, il n'est pas un choix actif mais cela reste un choix. Dans le BDSM nous avons un choix actif et aussi cette idée de mérite.
Chez Hegel comme dans le BDSM on ne peut se qualifier de maitre que si on est dans une relation la reconnaissance passe par l'autre.
Chez Fromm il est mis en avant le besoin de lien, de sécurité, d'appartenance, qui s'est perdu au fils de siècles et le BDSM peut répondre à ce besoin.

L'analyse de Fromm cumulé à des lectures de pratiquants éclairés ( Gala Fur, Dosy et Janet ) pourrait expliqué pourquoi le D/s s'est fortement développé à partir des années 90.

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